Secret Stories

July 5th, 2009

Certaines choses ne peuvent être dites qu’à un moment donné qui, s’il n’est pas saisi, ne sera plus.
Je ne t’ai pas dit. Je ne vous ai pas dit. Je dis rarement, trop rarement, et le temps passe, le moment aussi; je reste seule avec moi-même qui ne m’aime.

Le dîner aux chandelles

May 27th, 2009

Quand je ferme les persiennes, je ne vois que Monsieur, assis à table, face à quelqu’un que j’imagine conventionnellement être Madame. Monsieur doit être important, si j’en juge par l’heure tardive des dîners, et l’abdomen pansu. Entre eux deux, sur la console, des chandelles brûlent tous les soirs. Les flammes font danser sur les murs les ombres chaudes des objets et de l’homme. Tel un tableau du bonheur domestique.

Le directeur de la Finance

May 26th, 2009

C’est un “vieux”. Mais demain, je serai vieille aussi. Il ne manque jamais de me saluer ou m’adresser un mot d’esprit quand nous nous croisons.
Enfermé dans l’une des cages en verre faisant office de bureaux, ce soir, au milieu d’une discussion à l’américaine, il m’a fait un signe léger de la main. Ses interlocuteurs pris de court ont reproduit un coucou quelque peu confus. Mon “Bonjour” a sonné étrangement clair. Terriblement impudent… J’ai poursuivi ma route l’air dégagé alors que l’air, tout autour, s’alourdissait à l’instant.

Petit éloge de la haine

April 25th, 2009

‘(…) Parce que tout à coup je me suis souvenue que les hommes et les femmes se trompent quelquefois quand ils se parlent mal, ils sont ailleurs, ils ont oublié que leur amour est devant eux et ils le piétinent sans s’en rendre compte, et puis après, ils sont tristes, mais ça ne change rien, ils sont perdus, et tout seuls, et parfois pour toujours quand ils sont trop vieux pour rencontrer d’autres hommes ou d’autres femmes.’

Fatum

April 24th, 2009

La vie est ainsi faite qu’un jour,
Tu offriras tout à une connasse.

Imitation et jalousie

April 22nd, 2009

‘On sort dans la joie et souvent on revient dans la tristesse, et les plaisirs du soir attristent le matin. Ainsi la joie des sens flatte d’abord, mais à la fin elle blesse et elle tue.

*

J’étais décidée à me tuer dans la minute qui suivrait sa mort. Plus tard, l’absence porta d’autres enseignements plus amers encore, qu’on s’habitue à l’absence, que c’est la plus grande diminution de soi-même, la plus humiliante souffrance de sentir qu’on n’en souffre plus.

*

Quand il était près d’elle, quand il tenait ses petites mains à qui il disait, répétant les vers de Verlaine: “Belles petites mains qui fermerez mes yeux”, quand il l’entendait lui dire: “Mon frère, mon pays, mon bien-aimé”, et que sa voix se prolongeait indéfiniment dans son coeur avec la douceur natale des cloches, il la croyait; et s’il ne se sentait plus heureux comme autrefois, au moins il ne lui semblait pas impossible que son coeur convalescent retrouvât un jour le bonheur.’

1704

April 21st, 2009

Peut-être que j’étais la cause de la conséquence insupportable?

Révéler

April 18th, 2009

Les choses, les objets sont, ils existent par eux-même, puisqu’on peut les voir, les toucher.
Mais qu’en est-il des sentiments? Si on ne les dit pas, ont-ils une existence? existent-ils?

*

Je pourrais mourir pour toi. Mais je ne ferai pas.

Confluence

April 18th, 2009

Je suis tranquillement assise à l’ombre des nuages d’avril, quand je suis interrompue dans ma lecture –un roman de Tanguy V. au nom de pâtisserie célèbre- :
- Excusez-moi de vous déranger encore… » Eparpillée, je lève la tête vers un sourire amène. « Frédéric… Du bout du monde… » Je reviens graduellement à la réalité et celui qui s’adresse à moi. Il poursuit après avoir marqué une courte pause:
- Je vous ai parlé à la terrasse du restaurant chinois la semaine dernière. »
- Oui, bien sûr, je me souviens très bien… » Je suis à nouveau en phase. Je cherche une fois encore à reconnaître dans les traits de mon interlocuteur un détail familier. En vain.
- La dernière fois, je ne vous ai pas demandé mais ça vous dirait qu’on mange ensemble un midi, pour discuter. De… Du bout du monde, de… » Pourquoi ne m’évoque-t-il que l’inconnu ? Comment est-ce possible qu’il me reconnaisse alors qu’il me semble que je ne l’ai jamais vu de ma vie ? Je ne comprends toujours pas. Sentiment incommode que quelque chose m’échappe.
- … Euh, oui ? Pourquoi pas ? » Le sort en est jeté ; je saurai peut-être.
- Dans ce cas, je vous laisse mon numéro de téléphone pour que vous puissiez m’appeler ?
- Oui ? D’accord…
J’attends qu’il sorte une carte de visite de sa poche, ou un bout de papier, et qu’il me demande un stylo. Il n’en est rien ; il attend simplement. Du coup, je me vois contrainte de faire ce geste incongru : sortir mon téléphone portable, pour entrer directement ses coordonnées dans mon répertoire, l’intégrer dans ma vie si jalousement privée. Je suis obligée de lui demander de m’épeler son nom de famille ; je lui fais répéter encore une fois son prénom qui me demeure étranger ; il dit quelque chose sur le fait que nous avons le même âge sans que je comprenne pourquoi, absorbée par la saisie difficultueuse ; pour finir, il me laisse la clé à 10 chiffres de notre futur déjeuner.
Je n’aime pas le téléphone. Je ne le lui ai pas dit.
Je me demande soudain s’il n’a pas mentionné notre âge parce que je le vouvoyais… Alors qu’il me tutoyait? Je serais bien en peine de le spécifier, je n’ai pas fait attention, je ne sais pas. Sorry, what’s your name again ?

Les caractères héréditaires

April 17th, 2009

L’autre jour, après avoir échangé de nombreux propos imprécis et impertinents avec une semblable, j’ai fini par tirer cette belle conclusion que, si les hommes ne sont pas de plain-pied dans la vie -mais plutôt à côté… de la plaque-, c’est parce qu’ils ne portent pas la vie.

Je n’ai pas choisi. Je ne cherche pas. Je vis la vie. C’est plus fort que moi. Que tout. Gènes. Instinct.
Tu ne sauras jamais.