Féérie
September 23rd, 2009Le monde tel qu’il est n’est pas fait pour les princesses.
Alors, quoi? Mourir? C’est tout?
Mûrir, encore, peut-être. Jusqu’au sacrifice des princesses.
Le monde tel qu’il est n’est pas fait pour les princesses.
Alors, quoi? Mourir? C’est tout?
Mûrir, encore, peut-être. Jusqu’au sacrifice des princesses.
“S’il vous en avait parlé dès le début, il est certain que tout aurait tourné différemment. Mais il a choisi de se taire. C’est ainsi que nous bâtissons notre propre destin.”
Les remises en cause sont sources de progrès. Elles ne sont pas destruction du passé, mais ajustement, ajout, discernement accru, enrichissement.
Ce qui importe, ce n’est pas d’avoir raison.
Ce qui importe, c’est …
Elle était “guérie”. Et puis, c’est revenu. Pour la première fois de sa trentaine, elle était prête, il semblait prêt; elle ne pourra plus avoir d’enfant d’ici loin. Elle se demande s’il la quittera pour ça. Elle me parle sans trembler; et pourtant…
Alors sans doute que c’était le soir de trop, pour encore plaisanter sur “la vie que nous passons ensemble”, malgré les 352 km qui nous séparent, les nuits, les jours, individuels, des lundis aux vendredis parfois aux dimanches.
Mais qu’importe puisque je ne t’aime pas plus que toi depuis que je sais; que tu peux te passer de nous, que je ne rends pas la vie plus douce à défaut d’être belle.
Parce que tu te crois immortel. Immortel. Malgré tes cheveux. Malgré ta chatte. Malgré tes précédents.
Es-tu de ceux qui n’apprennent rien ou si mal des leçons de vie que chaque jour nous donne? qu’en sais-je?
Mais, chut, surtout ne parlons pas des choses qui fâchent; car elles fâchent fort, parfois presque pour de bon, alors, attendons. Attendons; oui, mais quoi?
Je n’attends pas de jours meilleurs; ils n’existent pas. Je n’attendrai pas la mort les bras croisés; je laisse ça au coeur de silex, de pyrex, sous aucun prétexte, je ne veux devant toi surexposer mes yeux, derrière un kleenex.
Il traverse le wagon d’un pied qu’il veut ferme pour stationner contre la cabine du conducteur. A la station suivante, entrent deux copines: l’une, petite boulotte à lunettes, l’autre, “taille mannequin”. En grande conversation, elles ne prêtent pas la moindre attention à l’homme-Buldozer à côté d’elles qui n’a d’yeux que pour Elle. Bouche ouverte, tête levée pour contempler l’apparition, il boit Ses paroles, sourit parfois béatement comme complice d’une ‘private joke’ qu’Elle ne lui a sûrement pas adressée, oscillant enre le regard de panthère et les seins triomphants qu’Elle agite sous son nez médusé. La scène est cocasse; de ma place, je ne m’en lasse. J’observe la scène à la dérobée de peur de rompre le charme; il ne faut pas attirer l’attention; tant qu’elle ne se doute de rien, tout va bien; “la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe”. Elle ne remarquera rien, jusqu’à la fin. Terminus, tout le monde descend; fin du numéro improvisé; c’était gratuit, merci.
No matter how I feel
No matter what I think
The Dead are still dead
Je te voyais pour là première fois.
Le temps efface tout, la douleur. Le temps efface tout, même nous.
“Morte et enterrée.” Je regarde son image sur mon écran. Je vois de l’autorité et de la détermination. Sur ses traits, je ne lis pas le désespoir ou la défaite.
Combien de temps cela prend-il, d’être rongé par le doute, le chagrin? Connait-on les êtres si mal, si peu, que l’on ne sache s’ils ont voulu mourir ou non?
Je me dis que la seule personne à peut-être savoir, est sa paire, désormais dépareillée…
Elle est morte. J’étais loin. Elle est enterrée. Je suis restée loin. Nous n’étions pas proches; nous ne le serons plus jamais.
Si jamais je pleure aujourd’hui, ce n’est ni pour elle ni pour moi, mais pour ceux qui contrairement à elle et moi étaient ses proches et sont aussi les miens.
*
Pour oublier le drame, je me bats chaque soir avec des frites, parfois jaunes, parfois mauves, rouges ou bleues, géantes, caoutchouteuses et insubmersibles… aux côtés de son fantôme.
Drôle de coïncidence: je suis allée noyer le chagrin à l’endroit même où flotte son sosie.
Et si c’était un signe? Je sais qu’il n’y a pas de signe; rien, que le souvenir.
Quand elle m’a rapporté toute l’histoire, j’ai dit: “Quel horrible concours de circonstances!”
Quand je lui ai rapporté toute l’histoire, il a dit: “Quel horrible concours de circonstances!”, puis: “Comment c’est possible?”, et j’ai répondu: “Ca arrive…”
Oui, ça arrive, mais pas comme ça. J’aurais dû savoir. Je savais. Il savait. Qui l’eût cru? Qui sait? Et si c’était vrai?…
Il y a le camping à Hourtin, une musique techno dont j’ai oublié le nom, des équipées sauvages au volant de voitures qui n’existent plus, la jeunesse, la jeunesse, la jeunesse, le ‘colossal cône’, un kleenex qui s’envole… un kleenex qui s’envole…
Un mariage, des enfants, l’abondance, des emprunts, des dettes, des disputes, le mépris, ah, ce mépris, la dislocation, l’indifférence, la séparation des corps. Tristes enfants.
L’accident. L’accident de la vie: la mort. La fin de tout, du meilleur et du pire. A 36 ans. Tristes enfants.